Rouler à moto à Bruxelles; quelques réflexions

13 juillet 2005

Carla Dejonghe

M. le président.- La parole est à Mme Carla Dejonghe.

Mme Carla Dejonghe (en néerlandais).- Je suis ravie que M. Jacques Simonet évoque ce sujet. Je roule à moto depuis 20 ans et j'ai quelque expérience en la matière.

En dix ans, le nombre de motards s'est accru de 77% (contre 15% d'augmentation du nombre de voitures), et 70% d'entre eux utilisent leur moto quotidiennement. Ils méritent donc toute notre attention.

Il faut que l'adhérence au sol soit suffisante, quelles que soient les conditions atmosphériques, et que tout danger de collision soit indiqué par une signalisation ou un marquage adapté. La moto tue deux fois plus que la voiture. Les accidents surviennent pour 52,3% sur les voiries régionales et pour 42,2% sur voiries communales.

Les motards sont en partie responsables de leur sécurité et doivent donc se vêtir adéquatement.

Cependant, la qualité du revêtement du sol est fondamentale, car elle influe sur la tenue de route du véhicule, particulièrement dans le cas d'une moto. D'autres facteurs entrent en ligne de compte, tels que le système d'écoulement des eaux, ou la déformation et l'usure de la chaussée. Le marquage routier est parfois glissant, surtout par temps humide, sans parler des détritus ou des feuilles mortes.

Il importe d'informer correctement les motards afin qu'ils adaptent au mieux leur comportement routier. Ce matin, j'ai constaté qu'à la rue de la Loi, le revêtement avait été enlevé, ce qui est très
dangereux.

M. Pascal Smet, ministre (en néerlandais).- Il me semble que ces travaux sont signalés.

Mme Carla Dejonghe (en néerlandais).- Le motard a son champ de vision limité par le port du casque. Certains panneaux de signalisation peuvent échapper à son attention.

Pour les motards, un nombre suffisant de panneaux de signalisation indiquant les virages est aussi très important. Parfois, les motards ne sont pas suffisamment visibles, faute de tenue fluorescente,
mais aussi parce que des obstacles limitent la visibilité. Les ronds-points constituent un danger supplémentaire.

L'association des motards a rédigé une charte et demandé à toutes les communes belges de la signer. Les communes signataires s'engagent à tenir compte des motards dans l'aménagement ou le
réaménagement des infrastructures routières. En Région bruxelloise, seules les communes d'Uccle et de Bruxelles-Ville ont signé la charte. Pour ma part, j'insisterai auprès de ma commune pour qu'elle se joigne au mouvement, et j'espère que M. Simonet fera de même à Anderlecht.

Enfin, je tiens à souligner le manque de places de stationnement pour les deux-roues. Il faut aménager des places spécifiques avec des obstacles ancrés dans le sol, auxquels les motos peuvent être attachées et qui empêchent les voitures d'y stationner. La proportion idéale serait une place de stationnement moto pour 20 places de stationnement voiture. Il serait aussi utile d'installer des casiers de rangement pour les
casques et les tenues de protection.

La Région bruxelloise signera-t-elle aussi la charte ? Les besoins des motards seront-ils pris en
considération ? Quel est le type de revêtement utilisé pour la rénovation des rues ? Y aura-t-il des initiatives pour améliorer la sécurité routière des motards ?

M. le président.- La parole est à M. Smet.

M. Pascal Smet, ministre.- M. Simonet, je constate une contradiction dans vos propos. Vous demandez un plan pour les motards, tout en critiquant le plan vélo auquel vous reprochez de contenir des effets d'annonce. Pour ma part, j'estime que la méthodologie impliquée par un plan est très utile.
Il est important de faire approuver un plan par le gouvernement dès la première année de législature. Le gouvernement sait ainsi où il va et quelles mesures vont être prises. Les quatre années suivantes peuvent alors être utilisées pour exécuter les décisions. Je constate que vous adhérez aujourd'hui à la méthode du plan, puisque vous êtes favorable, si j'ai bien compris, à un plan destiné aux motards.

M. Jacques Simonet.- Je vous ai interrogé sur vos projets, M. le ministre.

M. Pascal Smet, ministre.- Oui, mais il n'est pas inutile que je donne quelques explications sur le contexte.

M. Jacques Simonet.- A l'issue de la conférence de presse, j'ai aussi suggéré que vous présentiez votre démission.

M. le président.- Vous vous écartez du sujet. Revenons aux motos et aux motards s'il vous plaît !

M. Pascal Smet, ministre.- Lorsque l'on jette un pavé dans la mare, ce sont les grenouilles qui sont le plus ennuyées !

M. le président.- Revenons au sujet s'il vous plaît !

M. Pascal Smet, ministre.- Bien que je ne l'exclue pas dans l'avenir, je n'ai pas encore élaboré de plan pour les motards. La raison en est simple :contrairement aux usagers faibles, comme les cyclistes ou les piétons, qui disposent de lieux de circulation spécifiques, les motards partagent la voirie avec les automobilistes. Cependant, cela ne signifie nullement que je n'ai pris aucune mesure en faveur des motards. Bien au contraire. Tous nos projets et toutes les interventions de l'administration régionale, que ce soit en matière d'investissements ou d'entretien, sont destinés à l'ensemble des usagers. Les intérêts des motards sont donc également pris en considération. Des initiatives plus spécifiques ont en outre été prises. L'an dernier, lorsque j'étais secrétaire d'Etat, j'ai ainsi organisé une table ronde avec les associations de motards. J'étais le premier à le faire, M. Simonet. Ils en ont d'ailleurs fait mention dans leur magazine spécialisé. Et leurs représentants ont participé aux états généraux de la sécurité routière, dans le groupe de travail "sensibilisation et éducation".

Cette année, j'ai à nouveau invité les principales associations de motards à mon cabinet, pour qu'elles me fassent part de leurs soucis et qu'elles me communiquent leurs suggestions. Elles ont également été associés à la sélection des 60 points noirs, qui sont en ce moment à l'examen.

Dans le cadre de la formation des conseillers en mobilité, 150 personnes ont déjà été formées ou sont en cours de formation dans les administrations régionales, communales et dans les zones de police. Un module, donné par la "Fedemot", est consacré à la sécurité des motards. La Région a participé pleinement et activement - c'est-à-dire financièrement - à la campagne de sensibilisation organisée par l'IBSR au cours du printemps 2005, et qui a abordé le thème des motards. L'Association de ville et des communes bruxelloises (AVCB) organisera à ma demande, le 6 septembre, une formation relative aux motards destinée aux communes et à l'administration régionale. J'espère que votre commune y sera représentée. Cette formation est organisée à l'occasion de la publication, par l'IBSR, d'une brochure intitulée "Pour une prise en compte des motards dans les infrastructures". Les trois Régions ont participé à la rédaction de cette brochure avec "Fedemot".

Sur le plan de l'infrastructure, plusieurs remarques sont à faire :
En ce qui concerne les peintures utilisées pour les marquages sur voiries régionales, ils répondent strictement aux prescriptions du cahier des charges type régional, lesquelles répondent aux normes européennes. Dans ce cadre, il est à remarquer que la mesure 16 du groupe de travail 2 des Etats généraux de la sécurité routière recommande aux gestionnaires de voiries d'éviter l'emploi de revêtements glissants et de veiller à l'entretien des revêtements. J'ai déjà eu l'occasion de vous donner cette précision lors de la réunion de la commission du 24 novembre dernier. En ce qui concerne les bordures ou demi-lunes, nombre d'automobilistes ne respectent malheureusement pas souvent les bandes bus et autres zones réservées. En principe, la tâche de veiller au respect de ces zones incombe aux policiers, qui le font rarement. Par conséquent, et afin de faire respecter ces zones, on a parfois recours à des obstacles physiques. L'IBSR n'y est pas opposé par principe, mais prône une utilisation intelligente de ces éléments : ne pas les installer au début d'un virage, nécessité d'un bon éclairage, hauteur minimale au début, puis croissante. J'ai demandé à mon administration de me faire un rapport spécifique sur les installations de demi-lunes dans notre Région.

Sur la base de ce rapport, je verrai s'il convient de procéder à des aménagements en la matière, dans le sens d'une meilleure sécurité pour, notamment, les motards. Comme vous le voyez, je suis - tout comme vous - à l'écoute de cette catégorie d'usagers de nos voiries et je continuerai à agir de manière concrète.

- L'incident est clos.