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Christian Laporte
Une étude originale sur l’émancipation flamande à Bruxelles à travers Hiel.

Gare aux vilains clichés ! Il est de bon ton dans certains milieux politiquement corrects d’opposer les francophones de Bruxelles, zélateurs des droits de l’Homme et un brin hexagonaux aux néerlandophones forcément obscurantistes quant à eux eu égard aux mauvais comportements de certains pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela a donné lieu jadis à des affiches électorales du FDF où un Manneken-Pis en tenue de bagnard proclamait un mâle "Brussel Vlaams, ça jamais" en lettres gothiques.
Ce qu’on sait nettement moins, c’est que le combat pour l’émancipation flamande, combat éminemment démocratique pour l’égalité des droits reçut l’appui de la franc-maçonnerie majoritairement francophone dans la capitale. Cela ressort d’une petite mais passionnante étude publiée par le Willemsfonds de Schaerbeek et d’Evere en néerlandais sur Emmanuel Hiel (1834-1899), un poète originaire de Termonde mais devenu Bruxellois jusqu’au bout des ongles. Et qui a du reste encore sa rue dans son Schaerbeek d’adoption entre la rue Verhas (place Colignon) et la rue Rubens.
Libre-penseur, il fut accueilli par les milieux maçonniques francophones tout comme deux autres grands Bruxellois flamands, Charles (Karel) Buls et Julius Hoste Sr qui jouèrent un rôle important, le premier comme bourgmestre, le second comme fondateur du "Laatste Nieuws".
Libéral radical, Hiel était aussi l’arrière-grand-père de l’ancienne secrétaire d’Etat bruxelloise socialiste flamande Lydia Depaux-Deveen et par bonheur, les archives de son aïeul étaient encore entreposées dans sa cave. C’est ce qui amena le Bruxello-Britannique Alistair Dempsig à s’intéresser de plus près au parcours de Hiel. En fait, la vie d’Emmanuel Hiel se confond avec le combat pour les droits des Flamands dans la capitale. Un combat qui fut surtout celui du monde laïque dans une optique d’émancipation sociale.
De sa biographie qui a reposé pendant un quart de siècle chez l’auteur, devenu depuis le patron d’une PME prospère, émerge une personnalité forte qui après avoir taillé des pierres au sens le plus littéral cisèlera bien des poèmes tout en se battant pour permettre aux Flamands de la capitale d’être reconnus.
C’est ainsi qu’il finit par pouvoir travailler pour le ministre Frère-Orban qui le considérait comme "un diable qu’il serait difficile de remettre dans sa boîte" ! Mais Emmanuel Hiel sous des côtés excentriques parvint à faire reconnaître le néerlandais dans la capitale. Notamment en obtenant qu’à Schaerbeek, les noms des rues deviennent vraiment bilingues. Avec Buls et Hoste, Hiel permit de rattraper un trop long retard. C’est aussi le moment où le roi Léopold II reconnut la seconde langue nationale. Invité à venir inaugurer le Théâtre flamand, le Roi répondit en effet qu’il profiterait de l’occasion "pour vous répondre dans la langue nationale qu’est le flamand"
Emmanuel Hiel s’inscrivait aussi dans cet esprit. Comme le dit son biographe: "Il a été l’icône des aspirations des Flamands qui voulaient voir reconnus leurs droits. Une administration bilingue, des documents bilingues, des noms de rues bilingues ont été le résultat d’un lourd et tenace combat. Pour y parvenir, on n’avait pas dû scinder la Belgique et on n’avait pas dû proclamer une république indépendante de Flandre"
"Emmanuel Hiel" d’Alistair Dempsig peut être obtenu en prenant contact avec Johan.basiliades@vldbrussel.be