La question de l’(in)sécurité dans notre capitale a fait couler beaucoup d’encre ses derniers jours. Il en résultait des discussions parfois très vives : la sécurité est-elle plutôt une question de gauche ou de droite, francophone ou flamande ? Aucun des deux, en ce qui nous concerne. Car chaque citadin, citoyen, Bruxellois a droit à un environnement sûr.
C’est dans cette perspective globale que nous formulons ci-après une série de propositions.
1) L’heure est venue d’une conférence sur la sécurité à Bruxelles
Compte tenu du nombre croissant d’incidents à Bruxelles, l’Open Vld estime qu’il est grand temps d’organiser une conférence sur la sécurité à Bruxelles. Celle-ci doit avoir pour objectif de rassembler tous les engagements de la police, du parquet et de la politique afin de les concrétiser de manière structurelle dans un plan de sécurité global pour l’ensemble de la Région bruxelloise. Les Bruxellois ont droit à une politique de sécurité intégrée, qui va au delà de l'intervention occasionnelle dans certains quartiers ou la prise de solutions temporaires pour faire face au manque de personnel au sein de la police. Tous ceux ayant une part de responsabilité dans la sécurité, y compris les magistrats et les policiers, doivent y participer et les opinions dissidentes doivent pouvoir être entendues.
Il importe également que cette conférence soit vue comme une collaboration entre la Justice, les Affaires intérieures et la Région de Bruxelles-Capitale. L’organisation et la coordination incombent au Ministre-Président de la Région Bruxelloise.
L’Open Vld met en avant les points suivants devant être traités lors de la conférence de sécurité.
2) Une zone de police unique : Police Métropolitaine Bruxelloise / Politie Brussel-Metropool / Brussels Metropolitan Police
Bruxelles, une ville internationale comptant plus de 1.100.000 d’habitants, des centaines de milliers de navetteurs, touristes, manifestants, diplomates, hommes d’affaires, supporters de football, immigrés en situation irrégulière et de personnes se retrouvant dans une zone grise de la loi,… demande aujourd’hui l'impossible à ses services de police. Notamment au niveau de la police locale, une plus grande efficacité est de rigueur.
Pour cela, il n’y a qu’une solution : une seule et unique politique de sécurité pour l’ensemble de l’agglomération bruxelloise, gérée par une seule et unique zone de police. La Police Métropolitaine Bruxelloise rassemble l’ensemble des zones de police, se concentre sur les objectifs et travaille ainsi de manière plus efficace.
Pour en finir avec la gestion morcelée et pour remédier aux interventions parfois lentes, il est évident qu’il revient à la Région de Bruxelles-Capitale, et notamment à son Ministre-Président de prendre les devants dans la politique de sécurité, et ensuite au Commandant de police de la Région bruxelloise de concrétiser et de mettre en oeuvre cette politique. Ce n’est que de cette manière que l’on pourra apporter une solution à l’incertitude paralysante d'aujourd'hui : ces deux personnes assument respectivement la responsabilité politique et opérationnelle pour la sécurité des citoyens bruxellois.
Chaque commune bruxelloise est différente, voire même chaque quartier: la police locale fonctionne par exemple différemment à Cureghem qu’à Watermael-Boitsfort. Voilà pourquoi la PMB travaille avec plusieurs antennes locales par commune, pour évaluer et résoudre les difficultés locales. Une concertation mutuelle et avec les bourgmestres et autres niveaux de pouvoirs doit permettre à la police de détecter les problèmes plus facilement et d’agir plus rapidement.
Attaques à main armée, combats de rue,… : la PMB doit pouvoir intervenir rapidement, vigoureusement et efficacement, partout et à tout moment. Avec le soutien adéquat et un bon équipement, les policiers doivent pouvoir intervenir sur l’ensemble du territoire bruxellois. Une zone de police unique permet également une collaboration efficace avec la police judiciaire de Bruxelles, ainsi qu’avec les parquets.
Les pompiers bruxellois ont été unifiés en 1967 suite à la incendie de l’Innovation, le gouvernement de l’époque s’étant rendu compte que 19 corps de pompiers n’étaient pas capables de gérer de telles catastrophes seuls. Lorsqu’il s’est avéré, durant la saga Dutroux, qu’une meilleure collaboration était également nécessaire au niveau de la police, les 19 corps de police communaux ont été reformés en 6 corps. Des crises offrent toujours de nouvelles opportunités. Espérons que ce sera également le cas pour une meilleure collaboration et fusion des 6 zones en 1 seule PMB.
3) « Tolérance zéro » dans certains quartiers
Dans les quartiers où la situation menace de déraper, des mesures de “tolérance zéro” peuvent apporter une solution temporaire aux problèmes. C’est la principale priorité aujourd’hui : briser la résignation. En dépit de ce que certains peuvent croire, la violence dans une grande ville n’est pas normale, cela ne fait pas partie de la vie urbaine. Le citadin a le droit le plus stricte d’exiger des maisons, des rues et des stations de métro sûrs. Une intervention policière plus sévère peut momentanément apporter une solution dans certains quartiers, mais doit surtout inciter chacun et chacune à opter pour un changement de politique radical à moyen terme.
La résignation politique quant à la violence urbaine en tant que fait divers doit être rompue. En effet, pour de nombreux citoyens, il ne s’agit pas d’un fait divers mais d’une atteinte grave à leur qualité de vie.
4) Le (la) policier(-ière) bruxellois(e)
Un travail ingrat. Le travail de policier bruxellois en 2010 demande beaucoup de persévérance. D’une part, la réforme des polices n’a nullement tenu compte des besoins des Bruxellois lors du calcul du nombre de policiers et des moyens financiers – en effet, à Bruxelles, il faut prévoir plus de policiers par tête d’habitant que dans une ville plus calme telle que Hasselt. D’autre part, la politique policière du gouvernement fédéral ne prend pas en compte l’accroissement actuel de la population. Résultat : un manque de personnel et de moyens, tant au sein de la police locale qu’au niveau fédéral.
Par ailleurs, si nous n’agissons pas dès aujourd’hui, nous courrons tout droit vers une crise : la démographie est impitoyable. De nombreux agents de police partiront à la retraite dans les années à venir, emportant avec eux leurs nombreuses années d’expérience. Or, il y a à l’heure actuelle trop peu de jeunes policiers motivés pour les remplacer. Le peu de jeunes agents qui se présentent, sont confrontés à une charge de travail de plus en plus lourde.
Aujourd’hui, Bruxelles peut encore compter sur les jeunes recrues d’Ostende ou d’Arlon venant temporairement travailler à Bruxelles en attendant qu’une place se libère près de chez eux. Mais une fois la mise en retraite massive arrivée, ces places seront quasi immédiatement remplies. C’est là que la capitale se verra réellement confrontée à une pénurie incontournable.
Enfin, un autre problème à résoudre de toute urgence est le faible afflux de policiers allochtones. Tant le recrutement que l’accompagnement des agents bruxellois doivent changer. Envoyer les jeunes recrues sans encadrement en pleine embuscade à Cureghem est une mauvaise idée. La prime de Bruxelles a-elle bien suffisamment d’effet dans ce contexte ?
5) Prévention et suivi
La prévention continue à représenter un pilier important dans la sécurité en ville. Les éducateurs de rue restent nécessaires, même durant ou à l’issue de violents incidents. Une affectation plus réfléchie et efficace de l’ensemble du personnel travaillant dans l’ordre public (gardiens municipaux, gardiens de parc,…) doit devenir une priorité : les nombreux agents contractuels subventionnés affectés dans les différentes communes bruxelloises sont à l’heure actuelle sous-exploités. Ces travailleurs subsidiés ont pourtant un rôle très utile à jouer, à condition qu’ils reçoivent une formation poussée et que les tâches soient bien définies : notifier tout cas de vandalisme et d’infraction, intervenir lors d’incidents nécessitant des compétences de polices restreintes, servir
d’intermédiaire en cas de conflits mineurs, mener une campagne contre les dépôts sauvages,… Sans cela, ce ne sera pas plus qu’une politique d’emploi public réussie, plutôt qu’un aspect d’une politique de sécurité.
Quoique les 19 bourgmestres jouent un rôle important lors de la mise en place de mesures préventives et l’affectation d’agents contractuels subventionnés, la formation, l’accompagnement et la coordination de ces personnes doivent être pris en charge par la Région bruxelloise, chargée de la prévention, dans le cadre d’une politique de sécurité régionale.
6) L’économie illégale, un poison insidieux
L’économie illégale est bien plus que l’escroquerie aux faux papiers ou la vente de voitures sur le marché noir. Compte tenu de la nature de ces actes criminels, d’autres délits viennent par définition compléter la liste : le commerce des armes et des drogues, le trafic des êtres humains, vol (à main armée), recel d’objet volés,… Afin de s’attaquer à l’une des principales causes de la violence en ville, il est essentiel d’envoyer des équipes d’intervention spéciale dans les rues de Bruxelles. Guidés par une politique de sécurité intégrée pour l’ensemble de l’agglomération bruxelloise, la police, l’inspection sociale, la douane et les services des contributions peuvent mettre un frein au commerce illégal et à la criminalité.
7) Ecole buissonnière
Suite à un accord de coopération entre les Ministres flamands et francophones de l’enseignement, il est ressorti il y a deux ans qu'environ 6.000 enfants en âge d'être scolarisés n'allaient pas à l'école. Ce chiffre explique en partie la cause du vandalisme et de la criminalité naissante : les jeunes laissés à eux-mêmes, sans perspectives d’avenir, d'emploi ou socio-économiques sont rongés par l’ennui. Il revient aux Ministres de l'enseignement des deux communautés et de la Région de Bruxelles-Capitale d'évaluer, en collaboration avec les services de police, la politique luttant contre l'absentéisme scolaire et de l'améliorer là où nécessaire afin de continuer à offrir aux jeunes bruxellois une réelle chance.
Notons pourtant que la lutte contre l’école buissonnière n’est bien évidemment pas seulement la responsabilité du gouvernement, mais également celle des parents.
8) Criminalité des mineurs
Cela ne témoigne pas d’une politique saine : de nombreuses prisons pour mineurs sont combles, ce qui fait que – incompréhensible aux yeux des citoyens – certains jeunes criminels à Bruxelles sont relâchés sans suite quelques heures après une action fructueuse des services de police. Et, abandonnés à leur sort jusqu’au jugement qui a lieu plusieurs mois plus tard, ces jeunes commettent alors souvent de nouveaux faits.
Le jugement et/ou l’accueil de jeunes criminels est pour eux une première étape vers un nouveau départ dans la société. Voilà pourquoi, il revient aujourd’hui aux ministres de l’Aide aux personnes des deux Communautés ainsi qu’au Ministre de la Justice de s’attaquer à ce problème, avec l’aide des accompagnateurs sociaux et des juges.
9) Justice : combler le goulet d’étranglement
Toutes les propositions précédentes sont vaines tant que le goulet d’étranglement bien connu n’est pas comblé : il est primordial que les services de police, les parquets et la magistrature collaborent afin de supprimer le sentiment d’impunité en faisant en sorte que les criminels soient directement jugés, que leur jugement prenne directement cours et qu’ils soient ensuite suivis.
Cette procédure de comparution immédiate peut réellement faire la différence à Bruxelles. La création de nouvelles cours, qui s'axeraient exclusivement sur la petite et moyenne criminalité et jugeraient 24h sur 24, 7 jours sur 7 – à l’image des Night Courts à New-York ou des tribunaux nocturnes – permettra de mettre un frein à la violence, de donner un sentiment de justice aux citoyens et de récompenser le travail policier.
10) La ville viable d’aujourd’hui et de demain
La politique de sécurité est inséparablement liée à la vie urbaine, notamment l’enseignement, l’emploi et le réseau social. Il s’agit d’une responsabilité commune qui cadre dans une politique adulte à Bruxelles : il revient au Gouvernement bruxellois, aux bourgmestres, aux Communautés et aux autres autorités de lutter contre cette spirale ascendante : un enseignement de qualité pour tous, une mixité sociale dans les rues et les quartiers, une reconversion pour ceux qui ne sont pas adaptés aux besoins du marché du travail, …
Bruxellois, jeunes et moins jeunes, commerçants,… tous ont le droit de vivre, habiter et travailler dans
une ville sûre.
La criminalité affaiblit l’ambition urbaine. Car dans certains domaines, Bruxelles figure parmi les
villes les plus conviviales.
Si nous voulons que l’air urbain rende libre, nous ne pouvons accorder aucune tolérance à la
criminalité.
Sven Gatz, chef de groupe Open Vld au Parlement flamand et bruxellois de souche
Els Ampe, chef de groupe Open Vld au Parlement bruxellois
3 février 2010 |