A Anderlecht une école a dû déménager en plein cours d’année. La direction de cette école ne pouvait plus garantir la sécurité des élèves harcelés par des petits délinquants.
Un jour plus tôt, une jeune fille avait été agressée dans le métro. L'auteur, connu des services de police avait été appréhendé mais ne s’est pas gêné pour tout nier en bloc.
Dans le métro, briser des vitres, bloquer ou abîmer des portes dans le seul but de s’amuser est la principale cause des retards que subissent des milliers de passagers.
Chaque cas d’agression génère un traumatisme. Ce traumatisme s’étend à la famille de la victime et à son environnement immédiat. Chaque agression est un argument suffisant pour pousser une famille à envisager de quitter Bruxelles.
Pendant des années nous avons rappelé sans relâche que « l'air de la ville rend libre », que l’animation de nos villes et leur diversité inhérente étaient une richesse. Depuis des années nous menons un véritable parcours du combattant pour la ville et pour Bruxelles.
Nous refusons de nous laisser décourager par des événements émotionnels mais hélas bien réels et tangibles, car si nous abandonnons notre idée d'une ville cosmopolite, fondée sur le respect, l'ouverture et la tolérance, il ne restera bientôt de nos villes plus qu’une espèce de no mans land, un endroit que tout le monde évitera.
Les conséquences socio-économiques et surtout le coût humain de la violence et de l’intimidation nous interdisent toute banalisation de ces problèmes qui sont bien plus que de simples phénomènes marginaux. La sortie récente de Luckas Vander Taelen (Groen!), qui s’insurgeait contre l'atmosphère de l'irrespect, a d’ores et déjà brisé le tabou au sein de la gauche, et nous nous devons de lui en être reconnaissants. Mais comment pourrons-nous passer d’une analyse purement émotionnelle à une approche plus rationnelle du débat ? Une simple demande d’explication du ministre-président de la région de Bruxelles Capitale au bourgmestre d'Anderlecht ne suffira pas. Plaider pour plus d’agents dans la rue donne également la fausse impression que la police ne fait pas ou pas assez bien son travail. Nous demandons à ce qu’un certain nombre de débats qu’il était difficile d’avoir par le passé soient remis sur la table maintenant et que tout soit mis en œuvre pour arriver à des résultats concrets.
Une zone de police unique
Qui fait blocage depuis plus d’une décennie à l’idée d’une zone de police unique pour tout Bruxelles ? Les barons communaux bruxellois devront avoir des arguments très solides pour pouvoir défendre cette position plus longtemps. Nous voulons un plan de sécurité pour toute la région, qui sera sous contrôle démocratique du Parlement bruxellois. Le Ministre-Président doit pouvoir coordonner la politique de sécurité et établir des priorités le cas échéant. Nous voulons être en mesure de l’interpeller si cela ne conduisait pas à des résultats durables.
Droit pénal de la jeunesse
Qui fait blocage depuis des années dès qu’il s’agit d’instaurer une approche de sanction de la délinquance juvénile ou de punition des coupables? Qu'il s'agisse de peines effectives ou alternatives, de procédure accélérée ou procédure de comparution immédiate, des institutions fermées ... la balle est toujours dans le camp du pouvoir judiciaire. Même si nous augmentons les effectifs ou la présence sur le terrain, tant que ce climat d'impunité persistera, le travail de la police sera voué à l’échec. En plus de cela, la police se sentira ridiculisée par le pouvoir judiciaire et l’accumulation des frustrations peut conduire à certains dérapages.
L'introduction de 'Night Courts' (comme à New York) peut apporter une solution à de nombreux problèmes comme le retard judiciaire.
La prévention
Qui abuse des nombreuses ressources consacrées depuis des années au travail de prévention? Nous savons à quel point la prévention est importante. Nous ne mettons certainement pas en cause la fonction et l'utilité des travailleurs de rue ou d'autres initiatives de ce genre. Pour eux, il est souvent difficile de trouver un équilibre entre la prévention et la répression. Un suivi et un travail d’évaluation s’imposent. Malheureusement, de nombreuses initiatives sont d’abord destinées à servir de circuits d’emploi alternatifs pour les partisans de potentats locaux ou sont le jardin privé d’idéologues bien loin de la réalité. Le travail de prévention dans les quartiers est trop important pour être réduit à cela.
La mixité sociale
Enfin, last but not least, qui perpétue les ghettos, véritables freins à l’intégration, dans notre ville? Qui empêche l’aboutissement de nos propositions autour de la mixité sociale dans les logements sociaux ? Qui empêche la mise en place d’une politique pour une plus grande mixité sociale qui consisterait à attirer une classe moyenne dans tous les quartiers de Bruxelles?
Quand on ne construit pas une mixité sociale équilibrée, on abandonne des populations entières à leur sort à long terme. Regardez les quartiers au sein desquels les émeutes se produisent, recherchez les zones à problèmes: ce sont toujours des quartiers sales et délabrés. Ces quartiers sont dans un état désastreux, abandonnés par les collèges communaux. Un bourgmestre peut pourtant avoir un impact sur ce problème, comme le prouvent Malines ou Schaerbeek, des communes où l’on réinvestit dans la réhabilitation de rues dans les quartiers depuis de nombreuses années. On y résout le problème des détritus qui constituent l'une des causes majeures d’irritation des Bruxellois.
Les projets immobiliers qui consistent à la construction rapide de logements à bon marché pour les groupes défavorisés au détriment de la mixité sociale sont rejetés en faveur de projets sociaux intégrés. Tout cela est nécessaire pour que les initiatives autour de l'intégration, la formation, l’emploi soient couronnées de succès.
Nous ne pouvons plus accepter qu’on nous fasse chaque fois la leçon dès que nous faisons de telles propositions, qu’on nous reproche d’avoir une vision réductrice, petit bourgeois, de la ville, que nos propositions autour de la mixité sociale et des chèques-logements soient tout simplement rejetées au sein des sociétés de logements sociaux, qu’on nous accuse de priver les populations d’origine étrangère de leurs droits fondamentaux quand nous leur offrons des cours de langue dans le cadre de l’attribution d’un logement social. Nous en avons assez aussi qu’on nous dise que la sanction de la délinquance juvénile serait en totale contradiction avec la protection de la jeunesse et que notre idée d’une ville cosmopolite, avec l'accent sur la tolérance, la sécurité, la propreté et des opportunités d'intégration soit présentée comme la vision caricaturale d’une droite autoritaire.
Pour nous, il ne s'agit pas de gauche ou de droite, mais tout simplement d’une ambition et d’un attachement à notre ville. Peut-être que les réactions émotionnelles de ces derniers temps ouvriront finalement certains de ces débats fondamentaux.
Sven Gatz, chef du groupe Open Vld au Parlement flamand et Bruxellois
Els Ampe, chef du groupe Open Vld au Parlement bruxellois
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