Libéraux au bord de la crise (de nerfs) |
3 november 2009 |
Le Vif, 30 octobre 2009 Véronique Cornet (MR) et Sven Gatz (Open VLD) incarnent cette génération de jeunes quadras qui monte en puissance au sein d'une famille libérale en pleine tourmente. L'un comme l'autre étaient pressentis pour devenir ministres. Pas de chance : tant au Nord qu'au Sud, les portes du pouvoir sont restées closes pour les partis bleus. Rencontre. Le Vif/L'Express : Le MR vient d'étaler au grand jour ses déchirements internes. L'Open VLD se cherche un nouveau président et tente de se relever après un score calamiteux aux élections régionales. Bref, les partis libéraux sont en crise. Une crise passagère ? Sven Gatz (Open VLD) : Oui, je pense que c'est passager. Naturellement, la crise économique ne nous aide pas, car certains font l'amalgame entre le capitalisme sauvage et le libéralisme. En 2003, les libéraux obtenaient encore 25 % des voix en Flandre. On est maintenant tombés à 15 %. L'usure du pouvoir joue sans doute, mais ça ne peut constituer la seule explication. On doit s'interroger sur notre style, notre manière de faire de la politique. On doit redevenir plus humbles. Et pour les libéraux, plus que pour d'autres, c'est difficile de rester humbles. L'Open VLD manque de chaleur. C'est devenu un parti trop froid. Le même reproche est adressé à Didier Reynders : il paraît trop froid. Pure coïncidence ? Véronique Cornet (MR) : On a peut-être mal communiqué. On a considéré - de façon erronée - que nos valeurs étaient comprises de tous. Or le message libéral est complexe. Il nécessite beaucoup de pédagogie. Durant la campagne électorale, nous nous sommes concentrés sur la bonne gouvernance, l'éthique en politique et la crise écologique. Nous avons perdu de vue que la crise économique mettait les gens dans une situation d'inquiétude et de mal-être profond. Nous n'avons pas réussi à montrer que notre programme politique répondait à ces difficultés du quotidien. En période de crise, les partis libéraux n'apparaissent pas rassurants aux yeux des électeurs. Comment l'expliquez-vous ? V. C. : La gauche, toute la gauche, mais essentiellement le PS, a multiplié les amalgames. Elle a tenté de confondre libéralisme et capitalisme. La gauche a fait croire que l'Etat providence - que j'appelle, moi, un Etat omnipotent et paralysant - pouvait garantir le progrès pour tous. Or les socialistes sont au pouvoir depuis tant d'années, et ils n'ont pas réussi à démontrer que le socialisme était synonyme de progrès social et de développement économique. S. G. : Les libéraux sont presque uniquement associés à la baisse de la pression fiscale. Il s'agit d'un sujet très important pour un parti libéral. Mais, en même temps, c'est aussi un piège. Car, avec ce sujet-là, on ne peut que séduire un nombre d'électeurs limité. Si on veut devenir un grand parti, un parti populaire, il faut aborder d'autres sujets : l'enseignement, la sécurité sociale, les migrations... Sur ces questions-là, on apparaît souvent moins convaincants que d'autres partis. Libéral et populaire : il n'y a pas de contradiction dans les termes ? V. C. : Non. Le MR est par essence un parti populaire. Mais il lui appartient maintenant d'en faire la démonstration. Que voulons-nous ? Garantir le bien-être et les libertés de tous par le travail, par le développement économique, par la production de ressources. Je n'aime pas cette façon de faire de la politique qui consiste à dire : ne vous inquiétez pas, l'Etat est là, dormez braves gens ! Quand on est libéral, on veut forcément payer moins d'impôts ? S. G. : Oui. Parce que nous tenons à une société où l'Etat rend des services aux citoyens, mais en ne leur imposant qu'une pression fiscale minimale. Aujourd'hui, l'Etat offre beaucoup de services, peut-être même trop. Nous devons redéfinir le rôle de l'Etat. Mais je suis d'accord avec Véronique Cornet : on a mal communiqué. En demandant une baisse de la fiscalité, on donne parfois l'impression de vouloir rendre leur argent aux citoyens. Un peu comme Margaret Thatcher, qui disait : « I want my money back. » Cela a une connotation égoïste, alors que nos demandes en matière de fiscalité sont davantage motivées par une certaine conception du rôle de l'Etat, qui doit laisser aux citoyens un maximum de libertés. V. C. : Derrière cette baisse de la pression fiscale voulue par les libéraux, il y a une façon réaliste d'aborder la politique : l'Etat providence, ça n'est pas possible. L'Etat doit intervenir de manière efficace pour garantir le bien-être des gens, oui, mais cette aide ne tombe pas du ciel ! S. G. : Le libéralisme, en soi, est social. Mais une nouvelle définition du libéralisme social est aujourd'hui nécessaire. On doit en débattre à l'intérieur de nos partis. A cet égard, peut-être que les positions sont moins crispées chez nous qu'au MR. L'Open VLD a aussi eu sa part... Le sénateur Patrik Vankrunkelsven vient de quitter le parti. Et les rivalités entre Guy Verhofstadt, Karel De Gucht et Patrick Dewael ont atteint, par le passé, des proportions terribles. S. G. : C'est vrai. Et c'est très difficile à maîtriser. Une fois que l'opinion publique voit les personnes s'opposer, même s'il s'agit aussi d'une opposition d'idées, elle vous perçoit comme d'éternels chamailleurs. Notre parti a connu ça lors des débats sur le droit de vote des étrangers, en 2004, et le problème nous poursuit toujours. Non pas ce thème spécifique, mais le fait qu'à partir de ce moment-là on a été confronté à des tensions entre personnes, entre clans... Il y a quelque chose de cassé dans le parti ? S. G. : Oui. Nous devons maintenant retrouver un esprit de groupe. Même si les élus libéraux sont souvent réticents par rapport à l'idée même d'un esprit de groupe. La doctrine libérale veut octroyer un maximum d'autonomie à l'individu. Est-ce pour cette raison que les libéraux éprouvent tant de mal à travailler de façon collective ?
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